Once Upon a Time: Comment une série arrive à faire revivre de vieux contes

Depuis le dimanche 29 septembre dernier, la chaîne ABC a commencé à diffuser la troisième saison de la série Once Upon a Time.

Once Upon a Time fût créée par Edward Kitsis et Adam Horowitz, et est une série basée sur des contes de fées. Elle est diffusée depuis le 23 octobre 2011 aux États-Unis.

onceL’histoire commence par le jour du mariage de Blanche Neige et du Prince Charmant. La « méchante » Reine, Regina fait irruption et lance une malédiction. Tout le monde est inquiet, et les jeunes mariés craignent pour leurs enfants à venir. Ils décident de consulter Rumplestiltskin, un étrange et dangereux personnage. Ce dernier les informe que l’enfant qu’ils attendent viendra les sauver lors de son 28ième anniversaire. La petite Emma naît et la malédiction se rapproche. Le prince réussit à envoyer sa fille dans un endroit sûr. Cependant, la Reine arrive et tous sont envoyés dans un monde sans magie, dans la ville qui se nomera Storybrooke, où ils ne se souviennent pas de leur véritable identité.

Pendant ce temps, Emma Swan vit une existence solitaire à Boston. Le jour de son 28e anniversaire, Henry, le petit garçon qu’elle a abandonné 10 ans auparavant, lui rend visite. En le ramenant chez lui, Henry lui montre un livre de contes de fées et explique à Emma que toutes les histoires sont réelles et que les personnages qui y figurent habitent en réalité à Storybrooke dans le Maine, la ville où il vit. Il ajoute aussi qu’elle est la seule à pouvoir vaincre la malédiction qui règne sur la ville, car elle est la fille de Blanche-Neige et du Prince Charmant. Emma découvre qu’Henry a été adopté par Regina Mills, la maire de la ville, et qui, d’après Henry, est la méchante Reine. Emma est sceptique, mais décide finalement de rester quelque temps pour s’assurer que son fils va bien. L’horloge de la ville se remet alors en marche, ainsi que le temps jusqu’ici stoppé… [i].

Pourquoi une série a t’elle décidé de s’intéresser aux contes de fées? Pourquoi des histoires, si anciennes, nous parlent-elles encore autant aujourd’hui?

Parce que pour beaucoup de chercheurs, elles reflètent nos structures psychiques fondamentales.[ii] Sous forme d’images symboliques, elles traduisent les problèmes auxquels nous sommes confrontés dès l’enfance, et qui touchent à la fois aux relations dans la famille et aux problèmes personnels.

Nous verrons que les contes jouent un rôle important dans la construction de la personnalité. Ils sont faits pour nous faire comprendre quelques messages, en nous racontant des histoires simples mais qui nous enseigne certaines valeurs tout en créant des stéréotypes inconscients, comme par exemple le rôle des femmes dans la société.

Origine et caractéristiques

Pour le psychanalyste Marc Soriano, les contes sont des  ‘récits de voie orale, dont l’origine est vraisemblablement antérieur aux civilisations historiques et qui se manifestent parfois  dans la littérature écrite sous forme d’adaptation.[iii]

Le conte, souligne Soriano, se situe dans l’intemporel, c’est à dire qu’il appartient à un passé indéterminé, et en général lointain. On connait tous en effet les expressions par lesquelles commencent les contes, telles que ‘Il était une fois…’, ‘Il y a bien longtemps…’, ou ‘En ce temps-là…’.

En ce qui concerne les personnages des contes, ils sont en général stéréotypés: ils portent en eux les qualités et les defaults de la race humaine. Selon le psychologue Bettelheim , le caractère distinct de chaque personnage permet à l’enfant de voir que les humains sont très différents des uns des autres et qu’il lui appartient de décider ce qu’il veut être.

Une autre caractéristique, selon Bettelheim, est que dans pratiquement tous les contes de fées, le bien et le mal sont matérialisés par des personnages et par leurs actions. C’est ce dualisme qui pose le problème moral: l’homme doit lutter pour le résoudre. Bettelheim suppose donc que les personnages du conte favorisent le développement du soi idéal. Il souligne aussi que les contes de fée ont pour caractéristique de poser des problèmes existentiels en termes brefs et précis. L’enfant peut donc affronter ces problèmes dans leur forme essentielle. Le conte de fée simplifie toutes les situations: les personnages sont en effet nettement dessinés et correspondent tous à un type.[iv]

Dans deux contes très connus, ‘Cendrillon’ et le ‘Petit Chaperon Rouge’, on retrouve par exemple des sujets tels que la rivalité fraternelle et la tension sexuelle.

Les contes sous un autre angle

once upon a time 02De l’avis de tout le monde, Cendrillon est le conte de fées le plus connu, et probablement le plus aimé’, déclare Bettelheim dans Psychanalyse des contes de fées.

On se souvient tous de l’histoire : Devenu veuf, un home riche se remarie avec une femme, déjà mère de deux filles, aussi méchantes l’une que l’autre. Elles s’acharnent sur Cendrillon, jusqu’au jour ou, lors d’un bal, le fils du roi tombe amoureux d’elle.

D’après de nombreuses analyses, toute l’histoire est construite autour des angoisses et des espoirs que forment l’essentiel de la rivalité fraternelle: Cendrillon est sacrifiée par sa belle-mère au profit de ses demi-sœurs.[v]

Tout au long du conte, les émotions de la jeune fille traduisent exactement ce que ressent un enfant en proie aux affres d’une rivalité pourtant ‘naturelle’ et universelle. La situation de Cendrillon correspond aux émotions de tout enfant dans une fratrie, et à ses sentiments envers ses parents. D’après Bettelheim, vivre la belle-mère comme une figure terrifiante permet à l’enfant de faire face à ses fantasmes inconscients de haine et de dégoût envers ses propres parents, sans se sentir coupable.[vi]

Selon la psychologue Marie-Louise Von Frantz, les contes de fées expriment de façon sobre et directe les processus psychiques de l’inconscient collectif. Les archétypes y sont représentés dans leur aspect le plus simple, le plus dépouillé. Sous cette forme pure, les images archétypiques nous fournissent les meilleures des clefs pour nous permettre la compréhension des processus qui se déroulent dans la psyché collective. Car, selon Von Frantz, les contes de fées contiennent bien moins de matériel culturel conscient spécifique, ils reflètent ainsi avec plus de clarté les structures de base de la psyché.

L’universalité et la profondeur symbolique des contes de fées leur permettent d’être lus, relus, racontés maintes et maintes fois, à n’importe quel âge. C’est la raison pour laquelle ils sont de plus en plus utilisés en psychothérapie et en développement personnel.  La richesse du contenu symbolique des contes est telle qu’ils se prêtent naturellement à l’analyse et à l’interprétation. Pour les freudiens par exemple, Jack qui fait pousser un haricot magique, monte sur sa tige et tue un géant pour s’emparer de son trésor, représente l’affirmation phallique de l’adolescent, qui ‘tue son père’ pour imposer sa propre virilité.[vii]  Une petite analyse de nos classiques s’impose donc.

Parmi les contes, celui du ‘Petit Chaperon Rouge’ est le plus sexuellement explicite. Dans l’histoire, la plus jolie fille du village est envoyée par sa mère chez sa grand-mère. En traversant la forêt, elle rencontre le loup. Arrivée chez sa mère-grand, entre-temps mangées par l’animal, le Petit Chaperon rejoint celui-ci dans son lit.

La couleur rouge symbolise les émotions violentes liées à la sexualité. Il est évident par exemple, que le loup est une métaphore du mâle: quand la jeune fille se déshabille et le rejoint dans le lit, et que la bête lui dit que ses grands bras sont faits pour mieux l’embrasser, peu de place est laissée à l’imagination. Le loup et le chasseur sont deux figures masculines antagonistes que la jeune fille doit apprendre à reconnaître: le premier est séducteur et meurtrier, le second est bienveillant et sauveur.[viii]

Dans l’histoire de Peter Pan, nous retrouvons le thème de la mort et de la thanatophobie (la peur de la mort), raison de la volonté de Peter de ne pas grandir. La mort est très présente dans l’œuvre, sous différentes formes : elle est symbolisée par le crocodile-horloge, elle est la terreur du capitaine Crochet (qui la fait pourtant subir à bon nombre de personnages) et de Peter (en cela, ils se ressemblent car même Peter Pan n’hésite pas à tuer les enfants perdus qui grandissent[]), mais elle est aussi thématisée indirectement par certains motifs récurrents de l’œuvre, notamment par l’oubli.[ix] Certains commentateurs y voient aussi le thème de l’éveil de la sexualité chez Wendy, et les sentiments freudiens de Peter envers une figure maternelle, et ses sentiments conflictuels pour Wendy et la fée Clochette.

Peter veut rester un enfant pour toujours, et éviter les responsabilités de l’âge adulte, il s’enferme en quelque sorte dans le monde de l’enfance. Il adopte une attitude souvent tyrannique et hostile à toute forme d’autorité, ce qui permit à certains commentateurs d’obédience freudienne de parler d’un personnage sans surmoi. Le fameux ‘sydrome de Peter Pan’ tire justement son nom du refus conjoint de mûrir en s’insérant dans le monde des adultes, perçu comme trop conventionnel et de reconnaître le caractère fictif et enfantin des êtres peuplant l’imaginaire de l’enfance.[x]

Dans ‘la Petite Sirène’, Andersen se rapproche de ‘la Belle et la Bête’ où les personnages ne deviendront des êtres humains qu’à la condition de se faire aimer. Mais contrairement à la Bête, la Sirène pour l’amour du prince n’accepte pas son handicap : elle perd sa langue pour de belles jambes alors que la bête a compris que se faire aimer d’amour c’est trop demander. La Bête cherche seulement à gagner l’affection de la Belle par la conversation la plus agréable possible. La Petite Sirène, incapable de renoncer à l’image absolue d’elle-même, son véritable être-soi, commet l’erreur de placer la séduction au-dessus de la conversation : elle reste muette et ne peut dire au prince que c’est à elle qu’il doit la vie. La Sirène affirme la générosité sacrificielle d’une âme sublime.[xi]

Dans le conte de ‘la Belle et la Bête’ , certains y reconnaissent aussi le syndrome de Stockholm, élaborée en 1978 par le psychiatre Frank Ochberg: il désigne la propension des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers à développer une empathie, voire une sympathie, ou une contagion émotionelle avec ces derniers.[xii]

Parfois, on retrouve même dans les contes l’envie de dénoncer certaines inégalités sociales, comme dans les classiques ‘Hansel et Gretel’ et ‘le Petit Poucet’, où est abordé le thème des enfants abandonnés dans la foret pendant les périodes de famine. Le conte original de ‘Hansel et Gretel’ était une description de la dureté de la vie au Moyen Age. Selon les idées histographiques de  l’époque, l’infanticide était une pratique courante et en période de famine il était donc habituel d’abandonner des enfants dans les bois et les laisser mourir. [xiii]

Il était une fois les femmes et les contes…

La représentation de la femme dans les contes et l’image qu’elle renvoie, fait l’objet de beaucoup d’études. Car sans s’en rendre compte, on retrouve de nombreux clichés sur les femmes dans nos grands classiques, mais surtout dans les films de Disney.

Dans son article parût sur le blog Cendrillon ne fait plus le ménage, l’auteur prend l’exemple du film ‘Blanche Neige et les Sept nains’, parût en 1937. Ce film, d’après l’auteur est une révolution, et à ce moment-là personne ne semble être choqué par ses tendances sexistes.

Ce que nous sert Disney : une femme dont l’« unique rêve est l’arrivée d’un homme dans sa vie, le prince charmant ». Blanche Neige exprime son profond désir dans la chanson ‘Un jour mon prince viendra’. Son secret pour séduire son prince ? Lui faire des tartes aux prunes ! Et oui, visiblement cela semble suffisant. Ses services ménagers la sauvent même chez les nains lorsqu’elle leur propose de s’occuper de tout, la lessive, le ménage, la cuisine etc. Et comme prévu, explique l’auteur, alors que les hommes vont travailler, Blanche Neige nettoie et fait la cuisine. [xiv]

Blanche Neige incarne donc tradition et docilité et c’est un modèle pour toutes les petites filles futures ‘perfect housewives’. Après que Blanche Neige ait mordu dans la pomme empoisonnée, les nains placent le corps dans un cercueil de verre et c’est alors que le valeureux prince tombe sur cette beauté et en tombe ‘amoureux’… Coup de foudre uniquement basé sur l’apparence vu que Blanche Neige dort (elle est belle la morale). Et quand elle se réveille, il suffit au prince de lui dire « Je t’aime… tu seras ma femme » pour que Blanche Neige passe sa vie avec cet homme.[xv] Et ben…

Même combat dans ‘La Belle au Bois dormant’, sorti en 1959. La princesse Aurore incarne la perfection et inspire des femmes idéales des magazines des années 1950.[xvi]  Mais déclare l’article, ce qui lui manque c’est une personnalité et pour cause c’est seulement au bout de 26 minutes de film qu’on l’entend s’exprimer pour la première fois, certes avec une ravissante voix, mais l’attente est longue pour un film lui étant dédié. Finalement, c’est le prince qui se révèle être le personnage le plus mis en avant. Car Aurore n’est au courant de rien ! On lui cache la malédiction, elle est hypnotisée et hop un garçon l’embrasse et l’affaire est réglée, on prépare le mariage. [xvii] On peut dire que cette héroïne est décalée, elle fait régresser le statut de la femme en la cantonnant à ces stéréotypes.

Mais il y a eu du progrès, et heureusement. En ce qui concerne les dessins animés Disney on constate une grande évolution dans le statut des héroïnes seulement dans les années ’90 : Mulan, Arielle, Esmeralda, Pocahontas, …  Jusqu’à Raiponce en 2012, ce sont des femmes libérées ou presque qui prennent leur destin en main, explique l’article.  Elles ont du caractère, ne se laissent pas faire et surtout : elles réfléchissent avant de s’engager dans une relation. Les petites filles sont admiratives devant elles, devant leur courage. Car il faut l’avouer, on n’a pas très envie de donner un premier prix de mérite à la Belle au Bois dormant qui se réveille de son sommeil centenaire… On est content pour elle mais pas admiratif.[xviii] Et on peut dire que les personnages féminins de Once Upon a Time se rapproche plus de ces nouvelles héroïnes, et ce pour notre plus grand plaisir !

En conclusion, c’est parce qu’ils ont adressé des messages non seulement à notre conscient, mais aussi à notre inconscient, que Blanche-Neige, les trois petits cochons et le petit Poucet nous ont aides à intégrer la signification du bien et du mal, à stimuler notre imagination, à développer notre intelligence, et surtout à y voir plus clair dans nos émotions.[xix]

La série Once Upon a Time, reflète d’après moi bien ce dualisme des contes: le bien contre le mal. Comme dans le conte classique, les personnages de Blanche Neige et du prince charmant sont l’incarnation du bien, et leur fille par dessous tout représente la notion d’amour éternel et fort, alors que la reine Regina incarne le mal. Pourtant, la série va plus loin que ces clichés, on se rend compte en effet que Regina est capable de ressentir des émotions, d’avoir de la peine, d’exprimer même des regrets. Elle exprime ces sentiments surtout envers son fils adoptif, Henry, qui est peut-être la seule personne au monde qu’elle aime réellement. Son personnage est sans doute le plus complexe de la série. Le personnage de Blanche Neige n’est pas la gentille nunuche de Disney mais une femme forte et déterminée, prête à tout pour sauver sa famille, elle est combative et audacieuse, et se retrouve de multiple fois à devoir faire le choix entre le bien et le mal. Contrairement aux contes classiques, c’est peut-être ce choix là qui représente la réalité de la vie, et ceux qui l’ont compris, ne pourront que connaître cette fameuse fin de “Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants”.

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[vii] http://www.psychologies.com/Culture/Philosophie-et-spiritualite/Savoirs/Articles-et-Dossiers/Ce-que-les-contes-nous-racontent
 
 
 
[x] http://fr.wikipedia.org/wiki/Peter_Pan
 
[xi] http://www.asph.be/NR/rdonlyres/4A8D5CB4-0176-4961-920A-814D4557D3FA/0/ASPH200927contesdefeesethandicap.pdf
 
 
[xiii] http://ecoles.ac-rouen.fr/circdarnetal/new2/file/textes-GRIMM/hanselgretelpeda.pdf
 
 
 
[xvi] http://cendrillonnefaitpluslemenage.jimdo.com/belle-au-bois-dormant/
 
[xvii] http://cendrillonnefaitpluslemenage.jimdo.com/belle-au-bois-dormant/
 
[xviii] http://cendrillonnefaitpluslemenage.jimdo.com/concluons/
 
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