La fin de The Newsroom et la remise en question du journalisme

Le 14 décembre dernier, la chaine HBO diffusait l’épisode final de la série The Newsroom, ‘What kind of day has it been’. Certains peuvent qualifier l’épisode de trop guimauve, pour moi l’épisode final soulève beaucoup de questions et revient en même temps au message que la série tente de nous faire passer depuis le premier épisode.

 

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Dès le départ, cette série m’intriguait. L’univers des media m’a toujours intéressé et en plus, une série produite par la chaîne HBO, on pouvait donc espérer une libre expression totale de la part scénaristes. La série m’intéressait également en ce qui concerne la remise en cause du rôle des média ces dernières années. Internet a selon moi changé la perception de l’information. Tout le monde est constamment connecté, le monde de l’information n’a pour ainsi dire plus de frontières. Le public n’est plus seulement spectateur mais également acteur. Mais The Newsroom proposait, je pense, un ‘retour aux sources’, elle voulait mettre le doigt sur des réels sujets, de façon critique certes, mais elle tentait de revenir à ce que sont supposés faire les journalistes. Tout le long de la série, ce message essaie de se forger petit à petit, mais ce dernier épisode réalise un coup de maître : il nous montre bribe par bribe comment les personnages y sont arrivés, le pourquoi ils ont voulu changer, pourquoi ils ont voulu faire la différence. Comme le dit Mack à Charlie (bourrée en pleine journée en jouant au bowling, why not) : ‘You don’t treat journalism as a career but as a calling’. Ensemble ils pourront parler et traiter des sujets sensibles, importants, sans se préoccuper des audiences ou autre futilité populistes. Les personnages deviennent les gardiens de l’information, la vraie. Celle qui permet aux citoyens de se poser des questions et de ne pas tout prendre pour argent comptant.

Beaucoup de critiques ont été émises suite à la mort de Charlie. Ces critiques ne sont, selon moi, pas fondées, car grâce à cet ultime épisode, on comprend que Charlie est le héros de l’histoire. Aaron Sorkin (le producteur) a tué son Don Quichotte mais bien dans le but d’en faire le gagnant de son combat. C’est lui qui a voulu revoir de fond en comble le ‘News Night’ de Will, c’est lui qui convainc Mackenzie (qui à son tour ira voir Jim) de recommencer à travailler avec ce dernier. En gros, c’est Charlie qui a inconsciemment dirigé l’avenir des personnages : Will et Mack se sont retrouvés, Sloan et Don sont tombés amoureux ainsi que Maggie et Jim. Sans lui, Sloan ne se serait sans doute pas tant battue pour démontrer qu’elle n’était pas qu’une jolie poupée, Don n’aurait jamais refusé cette interview de la jeune étudiante de Princeton, ou encore Maggie ne se serait pas trouvé une vocation de field producer. Tous, ont envie de reprendre le combat de Charlie et les flashbacks sont là pour nous montrer le chemin qu’ils ont parcouru.

Car oui, ce dernier épisode est bien là pour nous montrer l’évolution des personnages et particulièrement Will. Un personnage aux premiers abords arrogant, presque trop caricatural, mais sans doute en conflit avec lui-même, ce qui nous conduit à la superbe scène du début de la série où il s’en prend à une étudiante qui lui demande pourquoi les Etats-Unis est le meilleur pays au monde. Dès le départ on comprend que Charlie représente le père que Will n’a jamais eu, et sa mort était pour moi nécessaire de ce point de vue là afin que Will soit encore plus confronté à cette idée (Ce qui donne droit au bœuf à la guitare sur ‘That’s how I got to Memphis’). De plus, le thème de la paternité est fortement présent depuis l’avant dernier épisode. Tout d’abord lors de l’échange imaginaire entre Will et son père dans sa cellule de prison, qui démontre bien l’importance de son passé sur la personnalité du personnage; puis l’annonce de la grossesse de Mackenzie durant le final. La boucle est bouclée, Will a fait la paix avec son père et est enfin prêt pour cette nouvelle étape de sa vie (contrairement à l’époque du flashback qui précède le premier épisode).

On parle de Will mais la figure paternel de Charlie peut très bien se porter sur tous les autres personnages (qui ne doivent finalement pas passer autant de temps que ça avec leurs proches). Ce sentiment se ressent surtout chez Don et Sloan qui se sentent coupables de la mort de Charlie et s’accusent d’être la cause de sa crise cardiaque. Mais une discussion avec la veuve de Charlie rassure Don au sujet de ses choix, qui pour Charlie étaient les bons.

The Newsroom rouvre également avec ce dernier épisode le débat entre les ‘old’ et ‘new media’. Novak, qui a racheté le groupe ACN, représente cette envie d’utiliser des nouveaux média tels que Instagram, des podscasts et autres nouvelles technologies (Dans l’avant dernier épisode, le remplacent de Neal crée une application qui permet de savoir où se trouvent les célébrités en temps réel). Ce qui crée un conflit avec les principaux protagonistes qui veulent en revenir aux bases du journalisme. Comme l’exprime si bien Will: ‘We’re making the news, not good TV’. Charlie a réussit sa mission et la fin de l’épisode va dans ce sens. Qu’importe les changements dans la vie des personnages : the show must go on.

Finalement, on peut comprendre pourquoi la presse n’a pas toujours été tendre avec cette série (principalement la presse américaine). Dès le départ la série dénonçait le caractère des fois superficiel des media. Un fameux paradoxe en fin de compte. Mais qu’on soit d’accord ou non avec le point de vue de Sorkin, la série invitait à la discussion. Un facteur non-négligeable pour moi en matière de séries. L’importance du journalisme dit responsable, sera un des sujets abordé par la série qui nous reviendra en mémoire. Là-dessus on peut dire que Sorkin a fait du bon boulot.

“Autre chose est d’écrire comme poète, et autre chose comme historien. Le poète peut conter ou chanter les choses, non comme elles furent, mais comme elles devaient être : tandis que l’historien doit les écrire, non comme elles devaient être, mais comme elles furent, sans donner ni reprendre un atome à la vérité.” Comme le voulait Charlie, cette citation tirée de Don Quichotte s’applique parfaitement à The Newsroom. Car le travail d’Aaron Sorkin sur la série n’est pas celui d’un historien, mais bien celui d’un poète.

 

charlie

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